Les bactéries anciennes contiennent des indices pour lutter contre la résistance moderne aux antibiotiques

23

Une équipe de scientifiques roumains a extrait et analysé une souche bactérienne vieille de 5 000 ans provenant d’une grotte de glace souterraine, révélant un niveau surprenant de résistance aux antibiotiques et un potentiel pour de nouvelles solutions biotechnologiques. La découverte, détaillée dans la revue Frontiers in Microbiology, souligne le rôle essentiel de la recherche environnementale dans la lutte contre la crise mondiale de la résistance aux antibiotiques.

La découverte de la grotte de glace : un profond gel de l’histoire génétique

La souche bactérienne, nommée Psychrobacter SC65A.3, a été récupérée à partir d’une carotte de glace de 82 pieds forée dans la grotte de glace de Scărişoara en Roumanie. Cette carotte représente plus de 13 000 ans de glace accumulée, ce qui en fait une archive unique de la vie microbienne passée. Les chercheurs ont extrait des fragments dans des conditions stériles pour éviter toute contamination et ont séquencé le génome pour comprendre ses mécanismes de résistance.

L’étude a révélé que Psychrobacter SC65A.3 porte plus de 100 gènes liés à la résistance aux antibiotiques, même s’il existait bien avant l’introduction des antibiotiques modernes. Cela suggère que la résistance a évolué naturellement dans l’environnement et que d’anciens microbes pourraient agir comme réservoirs de ces gènes.

Pourquoi c’est important : la menace croissante des superbactéries

La résistance aux antibiotiques est une crise de santé publique croissante. L’Organisation mondiale de la santé estime qu’elle a causé plus de 1,27 millions de décès dans le monde en 2019. À mesure que les bactéries évoluent pour échapper aux traitements, les infections deviennent plus difficiles à guérir et les interventions médicales deviennent moins efficaces. L’identification de nouvelles sources d’antibiotiques ou de stratégies de lutte contre la résistance est donc une priorité absolue pour les scientifiques et les décideurs politiques.

Les capacités uniques de la variété : résistance et inhibition

La souche Psychrobacter SC65A.3 présente une résistance à dix antibiotiques couramment utilisés, dont la rifampicine, la vancomycine et la ciprofloxacine, des médicaments utilisés pour traiter des infections graves comme la tuberculose, les infections urinaires et les infections cutanées.

Notamment, la souche montre également la capacité à inhiber la croissance de plusieurs « superbactéries » résistantes aux antibiotiques. Cela signifie que les anciennes bactéries produisent des composés capables de tuer ou de supprimer la croissance d’agents pathogènes modernes et dangereux.

Le potentiel génétique : des enzymes et des composés inexploités

Le génome de Psychrobacter SC65A.3 contient près de 600 gènes aux fonctions inconnues et 11 gènes susceptibles de tuer ou d’arrêter la croissance d’autres bactéries, champignons et virus. Cela suggère que la souche recèle un potentiel biotechnologique inexploité pour de nouveaux antibiotiques, des enzymes industrielles et des traitements pour d’autres maladies.

Risques et récompenses : gérer les microbes anciens

La libération d’anciens microbes dans les environnements modernes présente un risque de propagation de gènes de résistance aux antibiotiques. Cependant, les avantages potentiels de l’étude de ces souches – y compris la découverte de nouveaux composés pour lutter contre la résistance – l’emportent sur les risques, à condition que les chercheurs suivent des protocoles de sécurité stricts.

« Ces bactéries anciennes sont essentielles à la science et à la médecine », a déclaré la co-auteure de l’étude, la Dre Cristina Purcarea, « mais une manipulation prudente et des mesures de sécurité en laboratoire sont essentielles pour atténuer le risque de propagation incontrôlée. »

En conclusion, la découverte de Psychrobacter SC65A.3 met en évidence le potentiel inexploité des environnements extrêmes pour révéler des solutions aux défis médicaux modernes. En étudiant d’anciens microbes, les scientifiques pourraient découvrir de nouvelles stratégies pour lutter contre la résistance aux antibiotiques, protégeant ainsi la santé publique contre la menace croissante des superbactéries.

Попередня статтяLa science à travers le temps : échos des découvertes de 1876, 1926 et 1976
Наступна статтяL’histoire inattendue des rochers de Pennsylvanie : comment la glace n’est pas toujours la coupable